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  • Collectif de DEfense des Victimes de l'Amiante Renault ile-de-france (Codévar)
  • Ce collectif regroupe des salariés et des retraités des établissements Renault d'Ile-de-France : Technocentre, Lardy, Flins, Rueil, Billancourt... Il a pour but d'informer, de soutenir et d'aider les salariés et les retraités ayant été exposés à l'amiante durant leur activité professionnelle.
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 15:48
Quatre mille victimes de l’amiante ont défilé samedi, à Paris, pour réclamer un procès pénal et le maintien des juges d’instruction.

Comme chaque année, depuis 2005, c’est un cortège impressionnant de dignité qui a défilé, samedi, dans le 8e arrondissement de Paris, pour dénoncer le scandale de l’amiante et réclamer un procès pénal des responsables : industriels, employeurs, hauts fonctionnaires. Environ quatre mille anciens travailleurs touchés par l’amiante, mais aussi veuves et orphelins, venus des quatre coins du pays, ont répondu à l’appel de l’association nationale des victimes (ANDEVA), soutenue par la FNATH (accidentés du travail), la CGT et la CFDT. Fait nouveau cette année, une vingtaine de membres de l’Union syndicale des magistrats (USM) et de l’Association française des magistrats instructeurs (AFMI) étaient présents. Victimes de l’amiante et magistrats ont en effet décidé d’unir leurs forces pour s’opposer au projet du gouvernement (formalisé dans le rapport Léger) de supprimer le juge d’instruction et de confier les enquêtes aux procureurs, liés au pouvoir politique.

« En matière de délits, le procureur pourra classer une plainte sans suite, sans que les victimes n’aient de recours », s’emporte au micro Michel Parigot, de l’ANDEVA et du comité anti-amiante de Jussieu. « Les victimes de l’amiante sont concernées, car c’est typiquement le genre d’affaires qui seraient enterrées par les procureurs. Mais au-delà, on compte mener ce combat avec toutes les associations et tous les acteurs de la société civile concernés, dans les domaines de l’environnement, du travail, de la santé, des accidents, des délits financiers. » Et le militant d’an- noncer le parcours de la- manifestation : de l’avenue de - Messine, où se trouvait le siège du Comité permanent amiante, le « cabinet de lobbying qui a - organisé pendant vingt ans la désinformation, qui a fait que des milliers de personnes ont continué à être empoisonnées », en passant par le pôle judiciaire de santé publique, boulevard des Italiens, où la quarantaine de plaintes de victimes déposées depuis 1996 sont instruites à un rythme d’escargot, faute de moyens, jusqu’à la place Vendôme, aux abords du ministère de la Justice, « ou plutôt ministère de l’Inertie ».

Dans le cortège, pas de slogans, seulement des banderoles réclamant justice et des pancartes rendant hommage aux maris, aux pères disparus. Les souffrances dues au mésothéliome, cancer de la plèvre provoqué par l’amiante, sont particulièrement atroces. « Mon mari a souffert le martyre. À la fin, il était devenu comme un bébé. J’ai fait tout ce que je pouvais », raconte Liliane, septuagénaire qui porte à bout de bras une photo de l’époux, qui a travaillé quarante-trois ans dans l’amiante. Plus loin, une banderole « Valeo assassins », tenue par deux frères et leur mère. Le père est décédé en 2007 d’un mésothéliome, après avoir travaillé quarante-deux ans chez Valeo, à Bobigny, dans l’ignorance du danger. « À sa mort on a touché 5 000 euros chacun, comme si c’était ça le prix de sa vie, raconte un des deux fils, en colère. Je suis là aujourd’hui pour que cette affaire ne soit pas étouffée. L’État et les patrons savaient depuis longtemps que l’amiante était dangereux. Les ouvriers, ils ont une vie de merde, et en plus ils meurent jeunes. À côté de ça, les hauts revenus ont leur bouclier fiscal. Mon père, comme bouclier, il a un cercueil. » Sa mère appuie : « Les pouvoirs publics parlent du cancer du sein, du sida, mais jamais de l’amiante, alors qu’il y a 3 000 morts par an. C’est parce qu’ils sont fautifs. »

Place Vendôme, le président de l’AFMI, Marc Trevidic, lance aux manifestants : « 3 000 morts par an, cela représente chaque année le World Trade Center. Je me demande ce qu’il faut pour que l’État s’intéresse aux victimes. Quand je vois toute cette souffrance, cette émotion… ce n’est pas possible d’arriver à un système où vous n’obtiendriez jamais justice, où le monde économique bénéficierait d’une totale impunité. »

Fanny Doumayrou

Article paru dans l'Humanité du 12 octobre 2009

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Publié par collectif de défense des victimes de l'amiante chez Renault - dans infos générales amiante
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